C’est la quatrième fois qu’Hollywood nous ressert le même film. De remake en remake, l’histoire de A Star Is Born continue de vivre d’époque en époque. Alors que George Cukor nous signait le chef-d’œuvre ultime sur la même histoire en 1954, c’est Bradley Cooper qui s’y colle en 2018. Est-ce qu’on attendait réellement quelque chose du projet ? Non pas vraiment, mais la curiosité a pris le pas sur le doute lorsque la chanteuse Lady Gaga s’est rattachée au projet. La filiation entre le parcours personnel de la chanteuse et son rôle à l’écran peut d’ailleurs sembler très fine tant les coïncidences sont nombreuses.

Les premières minutes du film auguraient du bon. Alors que les deux personnages principaux, Jackson et Ally, sont introduits séparément, on perçoit rapidement des nuances entre leurs faiblesses et leurs atouts. L’un est une immense star de la country, idolâtré mais physiquement affaibli dû à son problème lié à l’alcool. L’autre est une star en devenir, une jeune femme qui rêve de scène, serveuse de jour et chanteuse pour un club de drag-queens la nuit. C’est dans ce contraste de milieu que la rencontre opère. Après une très belle scène d’une reprise de « La Vie en rose », où Jackson tombe littéralement sous le charme de la jeune femme, le film se prend rapidement les pieds dans le tapis. Passant de bar en bar, et de parking en parking, à s’échanger des regards de braises et quelques mots doux, les deux tourtereaux sont vite confrontés aux problèmes liés au titre du film. La nouvelle star éclipse l’ancienne, celle-ci vite rattrapée par ses problèmes d’alcool, et la première désarmée face à la chute de son maître. Dès lors, scène après scène, A Star Is Born va pointer du doigt son absence totale d’ambition, autant dans son écriture que dans sa faible mise en scène. Au risque de tomber dans le pathos dégoulinant, le film ne peut s’empêcher d’accumuler les dialogues prémâchés tout droit sortis d’un magazine psychologique.  Le traitement devient douteux lorsque les personnages renient eux-mêmes les bases sur lesquelles ils sont construits. Quand Ally atteint le succès, la jeune femme se transforme en une espèce de pop star pour adolescents. Enchaînant les tubes plus insipides les uns que les autres, ni elle, ni les autres personnages ne questionnent ce virage à 180 degrés opéré par la chanteuse alors qu’elle semblait si attacher à la country et la folk. Tous ces trous narratifs ne font que s’accumuler jusqu’à une fin terrible qui, non seulement ne fait aucun sens mais plonge un des personnages principaux dans la caricature la plus affligeante.

A Star Is Born n’est rien d’autre qu’un film calibré, à la fois taillé pour les Oscars et construit pour propulser Lady Gaga au rang d’actrice. Cela reste d’ailleurs la bonne surprise du film de Bradley Cooper, la chanteuse démontre qu’elle possède une palette de jeu bien à elle. Dommage qu’elle se contente d’un rôle si restreint et qui ne s’apparente que trop à ce que l’on connaît déjà d’elle. Mais tout comme son personnage, elle ne prend pas le risque d’abîmer son image.