En 2011, alors que son quatrième épisode d’Indiana Jones avait très moyennement convaincu, Spielberg revient avec un projet qui lui tenait à cœur depuis de nombreuses années. Adapter les aventures de Tintin de Hergé au cinéma était un rêve pour le réalisateur et c’est avec les progrès de la performance capture (initiée par James Cameron sur Avatar) qu’il concrétise avec brio le projet. Pourtant, l’adaptation du célèbre reporter de la bande-dessinée franco-belge était un pari risqué. Au vu du résultat, toutes les craintes disparaissent tant le film résonne parfaitement avec les thèmes chers à Spielberg et son sens du grand spectacle.

Pour donner vie aux aventures de Tintin, Spielberg s’attaque ni plus ni moins à son aventure favorite, Le Secret de la Licorne. Il choisit d’y intégrer néanmoins des éléments de deux autres albums, Le Crabe aux pinces d’or et Le Trésor de Rackham le Rouge. Pas question pour autant de faire du scénario, un récit indigeste. L’aventure présentée ici est un savant mélange d’humour et d’action explosive. En gros, tout ce qui avait déjà fait le succès et la réussite de la saga Indiana Jones. Comme les aventures de l’archéologue (dont il doit beaucoup à Tintin), le film ne fatigue jamais. Le rythme endiablant nous entraîne dans des décors fabuleux qui construisent le ton de l’intrigue et nous procure une sensation enivrante. Les mouvements de caméra sont tout simplement épatants et nous donne plusieurs fois l’impression de voler à travers le décor. La steadicam alliée à l’image de synthèse permet à Spielberg de créer un univers sans limite pour mettre en scène le reporter à la houppette rousse. C’est simple, la bande-dessinée prend littéralement vie devant nos yeux et pourtant le style de la réalisation fait exploser les limites imposées par le format papier.

Spielberg comprend parfaitement qu’il faut faire des concessions sur une adaptation de ce type, pourtant ici on a juste l’impression qu’il redonne une vie au matériau d’origine. Sans jamais trahir l’âme de l’œuvre d’Hergé, le film enchaîne les péripéties et les farces. L’univers est réapproprié par Spielberg jusque dans l’écriture des personnages à qui il laisse beaucoup plus d’espace dans la personnalité. Tintin en véritable reporter, est un poil profiteur et terriblement malin. Quant à Haddock, il est beaucoup moins pétaradant mais plus grotesque et fou. Sans oublier Milou, atout majeur aux enquêtes de Tintin, employé ici comme un allié de taille. Le réalisme apporté par la performance capture et le talent des comédiens ajoutent une réelle profondeur aux personnages. Ajouté à cela l’extraordinaire travail plastique réalisé sur les décors, et vous avez un univers de Tintin parfaitement adapté.

Sans cesse en mouvement, Tintin et le Secret de la Licorne constitue à nouveau un véritable tour de force de la part de son réalisateur. Habitué aux scènes de courses et de poursuites, Tintin en regorge aussi, faisant ainsi écho à celles parsemées dans la quasi-totalité de ses films. Ce sera d’ailleurs à nouveau le cas quelques années plus tard dans Ready Player One, où comme dans Tintin, l’action du film, additionnée aux multiples références vidéo ludiques et cinématographiques, se transforme en immense bac à sable où tout semble permis. Un terrain incroyable, excitant et stimulant pour Spielberg.