The Lost Movie Theater

Guy (2018), Alex Lutz

Guy réalisé par Alex Lutz

Redéfinir la grammaire du biopic à la française ne se fait jamais dans la facilité. Après des tentatives très louables l’année dernière de la part de Mathieu Amalric avec son Barbara et de Michel Hazanavicius avec Le Redoutable, c’est au tour d’Alex Lutz de tenter le tir. Avec Guy, c’est sous l’angle de la comédie que l’acteur s’opère à la tâche d’un biopic décidément pas comme les autres.

Deuxième long-métrage du comédien/réalisateur, Alex Lutz propose de prendre l’exercice à contre-pied sous la forme d’un faux documentaire. Guy Jamet est une star de la chanson française. A l’instar de Cloclo ou Johnny, il a fait vibrer le cœur de ses fans à travers de nombreux tubes. Pourtant Guy Jamet n’existe pas, il synthétise en un seul homme toute cette culture populaire. Filmé à la première personne par un personnage qui restera hors-champ les trois quarts du temps mais qui aura une place centrale dans le récit, Guy fait le pari d’intégrer l’œil du spectateur à travers cette caméra. Un spectateur témoin d’une filiation, d’une relation père/fils naissante. Car le postulat de départ du film se trouve dans cette niche intime et profonde qui liera l’homme à la caméra et cet artiste. Grâce à une voix-off en début de film, le spectateur est mis dans la confidence : juste avant de mourir, sa mère lui a appris que Guy Jamet était son père. On va alors suivre l’artiste à la trace, dans sa vie privée comme sa vie professionnelle. Un procédé simple qui va permettre d’évoquer toutes les facettes du personnage.

Ce qui fait la réussite évidente du film se retrouve dans la faculté incroyable d’Alex Lutz à se transformer. Grâce au travail hors norme des maquilleurs, le comédien se noie dans la peau de son personnage. Tantôt drôle, tantôt émouvant, Guy délivre une personnalité au-delà de la simple caricature que l’on pourrait attendre de cet exercice. Au contraire, il en fait quelqu’un de terre à terre, profond, parfois énigmatique, et souvent un brin taquin. Son statut d’artiste un peu vieillot n’atteint pourtant jamais la parodie. Le film s’en empare pour créer une problématique : dépasser cet état d’artiste sur le retour pour fouiller l’homme qui se trouve derrière. Ce développement permet à la narration de se libérer du schéma un peu trop balisé qu’elle empruntait dans sa première partie. Le scénario va bondir sur une charge plus intime, tout l’aspect « culture populaire » qui émane du personnage va créer un fantasme pour le fils caché et pour le spectateur. Entre images d’archive (les fausses chansons, les clips, les interviews TV,…) et scènes plus personnelles (le déjeuner entre Guy et son fils né d’un autre mariage, les balades à cheval,…), tout s’imbrique pour permettre à Alex Lutz de faire un bel hommage à ces chanteurs, souvent idéalisés par la presse people.

Le tout est rendu beaucoup plus réel grâce à un petit défilé de guests comme Dani, Julie Clerc, Élodie Bouchez et bien d’autres encore. Le monde dans lequel évolue le film devient presque tangible. Au risque de singer son propos, Alex Lutz se paie le luxe de se moquer aussi de ce monde, sans pour autant tomber dans la méchanceté gratuite. C’est tout en nuances et blagues inventives que le personnage de Guy démonte les bien-pensants (la manif pour tous ou les sexistes en prennent pour leur grade). La sincérité profonde du film passe donc à travers le prisme d’une mélancolie de ces jours heureux, et fait de Guy une œuvre indispensable dans son genre.

 

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