The Lost Movie Theater

Nés en 68 (2008), Oliver Ducastel et Jacques Martineau

Nés en 68 réalisé par Olivier Ducastel et Jacques Martineau

Drôle d’objet que ce Nés en 68 d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau. Après Jeanne et le garçon formidable ou encore Crustacés et Coquillages, c’est un programme ambitieux que les deux réalisateurs nous proposent. Sur près de trois heures, ils nous retracent les grands pas de l’Histoire française depuis les événements de mai 68 à travers le prisme de la romance. Portés par trois personnages principaux (une fille et deux garçons) qui vont voir leurs idéaux politiques et libertaires se briser, Nés en 68 fait le pari de nous balader de désillusions en désillusions.

Tout d’abord conçu pour la télévision, Nés en 68 surprend par le ton emprunté par les deux cinéastes. Alors que la gravité des propos de leur cinéma se fond souvent sous des attributs fantaisistes et légers, ici ils penchent vers le réalisme. Un réalisme parfois un peu trop didactique et linéaire. C’est quelque chose que nous n’avions pas l’habitude de retrouver chez les deux compères. Là où les émotions et les sentiments allaient à contre-courant des sujets abordés dans leurs précédents films, c’est la charge écrasante des dialogues qui vient cette-fois plonger le spectateur dans le drame. Des manifestations d’Act Up, aux luttes pour le droit à l’avortement, le récit peut vite apparaître comme plein à craquer. Comme si nous assistions à une succession d’étapes historiques. C’est les personnages et leurs déterminations qui vont infuser au contenu une âme et des enjeux. De fait, chaque problématique engrangée par un événement politique va résonner en eux d’une manière très personnelle. Ducastel et Martineau évitent bien heureusement l’aspect inventaire qu’on pourrait facilement coller à ce genre d’exercice.

Loin du charme poétique, à la limite de l’absurde, de Jeanne et le garçon formidable où l’ombre du Sida planait sur un couple amoureux, Nés en 68 efface toutes les traces de cette frontière des genres. Tout ce qu’il peut y avoir de Jacques Demy dans le cinéma des deux réalisateurs disparaît ici au profit d’un désespoir qui ne sera jamais teinté d’une once de lumière. Même lorsque deux jeunes amoureux parlent d’adoption, on aperçoit les attentats du 11 septembre sur un écran de télévision. Les générations se suivent, toujours dans la même ambiance désarmante et sombre. Ducastel et Martineau ponctuent leur récit d’événements tragiques sans jamais nous laisser une seconde de répit. Hélas, ce récit s’étiole lorsqu’il s’efforce à faire le pont entre ces générations. On regrette que les liens entre les personnages nous paraissent si abstraits. La faute à des dialogues qui enferment ses personnages dans des archétypes, comme si ils étaient chacun à leur tour la représentation d’un slogan et rien de plus.

 

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