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Jurassic World : Fallen Kingdom (2018), Juan Antonio Bayona

Jurassic World Fallen Kingdom réalisé par Juan Antonio Bayona

Né d’une envie de redonner du poil de la bête à une saga dont les limites commençaient sérieusement à saturer, Jurassic World avait surpris par sa furie et son grand spectacle. Spectacle mélancolique d’un film qui avait touché toute une génération en 1993, grâce au maître Steven Spielberg. Trois ans plus tard, voilà Jurassic World : Fallen Kingdom, bigger and louder. Alors qu’on nous promet encore de la nouveauté, et une histoire traitée sous un angle inédit, on se surprend à se retrouver devant un film qui tire encore un peu plus sur les ficelles narratives de la saga. Pour l’originalité scénaristique, on repassera. Jurassic World : Fallen Kingdom ne marque que par son côté éclopé qui hurle ses artifices commerciaux à travers une surenchère d’explosions et de cascades.

Après l’abandon de la saga par Spielberg aux suites de Jurassic Park : Le Monde Perdu, les films suivants se sont succédé sans véritable personnalité. Sur Jurassic World, c’est Colin Trevorrow qui tentait tant bien que mal d’imposer sa vision. Il était donc temps de faire appel à quelqu’un avec un minimum de personnalité et de talent pour redorer le blason. Les studios ont donc passé commande à Juan Antonio Bayona, digne héritier de Spielberg qui a réalisé les magnifiques Quelques minutes après minuit et L’Orphelinat. Cependant, en regardant Jurassic World : Fallen Kingdom de plus près, on se demande si le cahier des charges imposé au réalisateur ne serait pas un suicide artistique ? On ne peut pourtant pas condamner le film à n’être qu’un produit pétaradant. Il serait plus lucide de le départager entre un blockbuster bas de gamme et irréfléchi et une volonté claire de mise en scène intelligible. C’est en ça que le film devient d’autant plus rageant. Comment cantonner Bayonna à un simple exécuteur englouti dans un tourbillon d’effets racoleurs ? Le réalisateur possède trop de sensibilité pour se cloisonner et prouve au détour de plusieurs séquences son savoir-faire de metteur en scène. Sa vision existe bel et bien, et lorsqu’elle éclate offre aux spectateurs quelques moments d’audace dignes d’intérêt. Bayona infuse de l’âme dans une formule bien trop étriquée.

Malgré un scénario bête au possible, le réalisateur fait tout pour imposer des thèmes qui lui sont chers. Que ce soient les peurs enfantines ou les catastrophes naturelles, on pouvait se douter qu’un film comme Jurassic World : Fallen Kingdom serait un terrain de jeu idéal pour le metteur en scène espagnol. On pense surtout à cette séquence filmée comme un conte horrifique où une jeune fillette court se cacher sous ses draps pour échapper aux griffes du grand méchant indoraptor. Jouant avec les ombres et un découpage ultra carré, il en ressort le plus bel hommage au travail de Steven Spielberg. Pour éviter ensuite de tomber dans les pièges du scénario, Bayonna se contente de resserrer le plus possible son action à partir de petits détails qui constitueront le meilleur du film (la scène aquatique qui ouvre le film, ou la prise de sang sur le T-Rex). Le reste du film se veut malheureusement beaucoup trop pragmatique. La faute à un recyclage de passages obligés qui frise l’écœurement tellement le sentiment de déjà-vu prédomine. La prise de risque narrative navigue donc à zéro, retenant toute singularité émotive avec elle. Ce n’est donc ni le message écologique ou encore le casting du film qui viendront sauver l’entreprise. Reste une ouverture pour un troisième volet qui promet, si le studio prend enfin la peine d’imposer des risques à l’écriture, un film d’aventure urbain déjà entraperçu dans Le Monde Perdu de Spielberg en 1997.

 

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