Wednesday 23rd May 2018,
The Lost Movie Theater

Plaire, aimer et courir vite (2018), Christophe Honoré

Plaire, aimer et courir vite réalisé par Christophe Honoré

A l’instar de Fiertés de Philippe Faucon ou encore de 120 Battements par minute de Robin Campillo, Plaire, aimer et courir vite, le nouveau film de Christophe Honoré n’a rien de politique ou d’un plaidoyer. La comparaison avec les deux œuvres citées s’arrêtent donc là. Christophe Honoré préfère le romanesque, et le fait bien. Son nouveau film se définit avant tout comme une grande histoire d’amour. Situé au début des années 90, il y a d’un côté, Arthur, un jeune Rennais, et de l’autre Jacques, 35 ans, gravement malade et écrivain sur Paris. C’est au détour d’une rencontre hasardeuse dans un cinéma que les deux hommes vont tomber amoureux. Alors qu’il sait sa mort proche, Jacques décide d’épargner Arthur, mais l’amour est trop fort.

Comme l’indique son titre, Plaire, aimer et courir vite possède à la fois une fureur de vivre et une course contre la montre. La course contre la maladie et la mort. Dès le départ, le destin des personnages est scellé. Le SIDA en emportera un, tandis que l’autre restera. Christophe Honoré ne se base pas sur l’effet de surprise, plutôt sur le chemin parcouru. Plaire, aimer et courir vite renferme un écrin des derniers jours, des derniers mois, des derniers instants d’amour. L’amour déborde du cadre. Il est présent, non seulement entre les deux protagonistes principaux, mais aussi dans l’interaction avec les personnages plus secondaires. Pourtant tout est grave, la mort rôde. On a l’habitude depuis Les Chansons d’amour, ici Honoré y démêle ce qu’il en reste. Le côté stylisé et maniéré n’est plus présent à l’écran, du moins pas de manière aussi évidente. L’errance dans les rues de Paris et les dialogues précieux ne sont plus des tics mais des partis pris digérés de la Nouvelle Vague dont le cinéma du réalisateur s’inspire.

L’audace du film persévère aussi au niveau formel. La romance parsemée par la colorimétrie tout en bleu électrique renforce le côté à la fois idyllique et passionnée de l’histoire vécue par Arthur et Jacques. Ce bleu s’immisce dans les moments les plus tendres. On pense bien sûr à la rencontre des deux hommes, mais aussi à deux magnifiques scènes de bain. Jacques y retrouve tantôt son ex, Marco, qu’il a fait souffrir, ou fantasme des moments passés avec un homme bientôt lui aussi happé par la mort. Jacques se définit rapidement comme la pierre angulaire du récit. Fabuleusement interprété par Pierre Deladonchamps, le personnage dévoile ses failles tout au long du film. Loin d’être parfait, parfois même un peu pénible et égoïste, Jacques est pourtant en détresse. Il le cache tant bien que mal sous une carapace bien peu forgée. Il est victime du temps qui passe et qui l’amène inexorablement à sa chute. Sa survie, il la doit non seulement aux souvenirs d’amours déchus mais aussi, à sa grande surprise, à la rencontre de son dernier amour, Arthur. Cette histoire improbable, il la prend tout d’abord pour une farce, un coup de folie avant de se rendre compte qu’il s’agit bel et bien d’une chance.  Et même si tout est joué et perdu d’avance, Christophe Honoré constelle son film de moments plus aériens et coureurs. La romance, un peu gaffeuse au départ, serait digne d’un roman de Gustave Flaubert. Le jeu verbal amuse, s’intensifie avec la passion et fait naître le désir. Frêle et désinvolte, Vincent Lacoste prouve encore qu’il est autant à l’aise avec la comédie qu’avec le drame. Le contraste de jeu qui émane des deux interprètes principaux infuse à Plaire, aimer et courir vite une aura singulière tout en finesse. Au bout de deux heures, on regrette presque que le film se termine. On ressent une telle complicité avec les personnages qu’il est difficile de les quitter. Cela se ressent aussi chez son auteur qui les filme avec tant de pudeur et de passion. Au final, il en reste sûrement un des meilleurs films de la carrière de Christophe Honoré. Plaire, aimer et courir vite  coalise ce qui se fait de meilleur dans son cinéma jusqu’à saisir avec apothéose ses thèmes les plus chers.

 

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