Sunday 22nd April 2018,
The Lost Movie Theater

Ready Player One (2018), Steven Spielberg

Ready Player One réalisé par Steven Spielberg

Alors qu’il adaptait sa propre histoire en scénario pour le film Fanboys de Kyle Newman en 2009, Ernest Cline a connu le succès mondial avec son premier roman Player One en 2011. Le rêve devient d’autant plus fou lorsque Steven Spielberg, himself, rachète les droits en 2013 pour une adaptation sur grand écran nommée Ready Player One. Nous sommes donc propulsé en 2045 alors que le monde devient quasiment invivable et où les habitations s’entassent les unes sur les autres sous forme de caravanes. Néanmoins, il existe un endroit pour s’échapper spirituellement nommé l’Oasis. Un univers virtuel, tel un jeu vidéo grandeur nature en casque VR, créé par James Halliday. L’héritage pose vite problème après sa mort. Cependant le génie avait pensé à tout et caché un easter egg (récompense planquée d’un jeu vidéo) dans un coin de l’Oasis. Quiconque le trouvera remportera sa fortune, un rêve inespéré pour le jeune Wade Watts qui va rapidement se mettre en quête du Graal sous le pseudonyme Parzival.

Plus rien n’arrête Spielberg. Après Pentagan Papers il y a à peine deux mois, le revoilà en grande forme avec Ready Player One. Son retour à la SF, plus de dix ans après La Guerre des mondes, se résume à un voyage spectaculaire, foudroyant et stupéfiant.  Il faut dire que le réalisateur n’en est pas à son coup d’essai concernant ce genre de diptyque. En 1993, il enquillait coup sur coup Jurassic Park et La Liste de Schindler, plus récemment encore Minority Report et Arrête-moi si tu peux ou Tintin et Cheval de Guerre. Comme si il y avait un penchant dit « plus sérieux » à un film et un autre penchant axé sur l’entertainment au second. Alors oui, Ready Player One se veut comme le côté plus solaire de Pentagon Papers, mais ce serait bien réducteur de s’en arrêter à cette définition. Aussi fun qu’intimiste, Spielberg infuse à sa SF une uchronie rétrofuturiste imbibée de références à la pop culture. Il n’en fait pas pour autant un film bête et méchant servant à nourrir les fantasmes geeks et mélancoliques. Il y a plusieurs niveaux de lecture dans Ready Player One qui révèle tout sa beauté et le génie de son réalisateur. Le génie se révèle tout d’abord dans la puissance de la mise en scène. A 71 ans, le bonhomme fait éclater sa fougue à l’écran en offrant un spectacle de tous les instants à son spectateur. Les différents degrés de réalité qui ornent Ready Player One permettent à Spielberg d’alterner des séquences spectaculaires de champ de batailles et de courses folles à des prises live certes plus classiques mais toutes aussi ambitieuses dans leur traitement. Ambitieuse car à travers sa mise en scène, Spielberg montre l’étendue des dégâts du jeu vidéo sur la vie humaine. Ready Player One se penche notamment sur la question du double numérique, l’avatar qui nous représente dans le monde virtuel. A travers la motion capture (déjà utilisée par Spielberg dans Tintin et Le Bon Gros Géant), chaque acteur, et de fait chaque personnage, trouve un deuxième corps et engendre une frontière de plus en plus fine entre réel et virtuel. L’Oasis représente un vase immense dont la seule limite serait l’imagination. En ce sens, tout est permis et les barrières tombent pour les castes sociales qui peuvent se déployer sous des formes toutes puissantes. Le pouvoir engendre de grandes responsabilités et pourrait devenir dangereux en tombant entre de mauvaises mains. En citant Orwell, Spielberg en profite pour glisser une critique bien sentie sur le règne d’Internet et des réseaux qui nous surveille en permanence. Une échappatoire mais à quel prix ? Il y a donc deux faces à l’Oasis, et comme dans tout plaisir, il y a un revers plus sombre. Spielberg en profite alors pour faire un pied de nez aux studios qui tuent la créativité des auteurs. L’espace d’inventivité revient à tout être dans l’Oasis, comme un terrain de jeu ultime où personne ne peut brider l’imagination. Le réalisateur s’y retrouve d’ailleurs lui-même grâce à la multitude de références culturelles parsemées ici et là. Le roman d’Ernest Cline faisait déjà énormément écho à Spielberg. Dans le film, le réalisateur a choisi de les tempérer même si on y retrouve l’essentiel de ce qui a fait sa filmographie dans les années 80. On le retrouve par contre sous les traits de Wade, un alter ego version jeune geek du réalisateur. Ou même sous les traits de James Halliday, détenteur des clés menant à la récompense ultime du jeu. Ready Player One serait donc une réflexion sur l’imaginaire et la liberté du créateur. Une sorte de mise en abîme ultime sur Spielberg et l’empire du rêve qu’il a créé depuis ses débuts.

 

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