The Lost Movie Theater

Revenge (2018), Coralie Fargeat

A l’époque du #MeToo et du #BalanceTonPorc, Revenge tombe à pic. Le film de Coralie Fargeat ne s’inspire pourtant pas du tumulte de l’affaire Weinstein. L’écriture et la réalisation du projet remonte bien avant ça mais résonne parfaitement avec l’actualité. Sulfureux, pop, décalé et gore, voilà le programme de Revenge. Frontal et brutal, le film n’a pas froid aux yeux, invitant le spectateur à un voyage sanglant où l’humour et le second degré ne sont pas écartés.

Rape and revenge 100% féministe, Revenge débarque dans un paysage audiovisuel qui avait bien besoin d’être bousculé. Le film de genre connaît un regain sûr et bienvenu en France. Après Grave l’année dernière, les femmes arrivent en tête de projets singuliers et qui font un bien fou aux films de genre français. Hormis une volonté d’apporter un nouveau regard sur le genre horrifique, le film de Coralie Fargeat n’a pas grand-chose à voir avec celui de Julia Ducournau. Dans la plus pure tradition des films de série B, Revenge ravira les fans d’hémoglobine à outrance. Car la note d’intention est simple. Jen est invitée à passer du bon temps auprès de son amant dans une villa luxueuse en plein milieu d’un désert. Lorsque deux amis de son apollon débarquent, la jeune femme est violée et laissée pour morte par les trois hommes. Commence alors une partie de chasse rageuse pour Jen qui décide de décimer un par un ses assaillants. Coralie Fargeat se concentre sur l’action, les actes de ses personnages, sans pour autant faire de son récit quelque chose de simpliste.

Revenge est ultra stylisé. Couleurs fluos, soleil de plomb, lumière aveuglante. Tout est clinquant, comme les corps huilés et parfaits des deux amoureux. Jen est filmée à la manière d’une lolita pulpeuse. Coralie Fargeat la sublime, elle n’a pas peur de nous montrer la beauté feminine, scrutant les moindres recoins de sa peau. Le corps reste un objet de désir, de fantasme. Il est beau sans être dégradé. C’est le regard de ces deux hommes qui vient se poser sur la jeune femme qui dérange. Un regard malsain, assoiffé, et puant. Leurs comportements ne dépassent d’ailleurs jamais celui de l’animal bête et méchant. Lorsque le rapport de force s’inverse, on se laisse surprendre par le manque de jugement des protagonistes masculins. L’interprétation, parfois over the top, des acteurs vient souligner ce ressenti. Tout dans le film de Coralie Frageat frôle le ridicule. Que ce soit l’exécution, l’esthétique ou l’hémoglobine. Cependant, la limite n’est jamais franchie. Cela grâce à un fort potentiel de maitrise dans la mise en scène. Pour un premier film, la réalisatrice n’a pas peur de prendre des risques. Montage précis, plan-séquence, effets de plateaux, tout y passe sans sourciller. Cette force aurait tout à y gagner si Coralie Fargeat ne tirait pas autant sur la longueur certaines scènes. Le film en serait sorti plus grand si une dizaine de minutes avaient été coupées. Cela aurait permis à la narration de respirer un peu plus et de renforcer l’impact de certaines scènes chocs. Revenge prend d’ailleurs un malin plaisir à nous faire grincer des dents à coup de mutilations, projections de chairs et autres coups de feu. Le corps de Jen se retrouve sans cesse en questionnement. Quel désir anime-t-il chez l’autre ? Au final, c’est sa liberté qui prime. Celle d’éprouver ce qu’elle veut, quand elle le veut. Coralie Fargeat libère le corps de sa protagoniste, n’en déplaise à certains. Jen est une guerrière, rien ne pourra l’empêcher de vivre. Ni les gros porcs, ni les mœurs douteuses. Sous son verni d’apparence lisse, Revenge gratte la couche sexiste et macho, pour mieux l’anéantir. Néanmoins, si on laisse le propos de côté, le film est aussi un réel plaisir gore que l’on n’avait pas vu depuis un moment sur les écrans français. Une petite pépite, radicale dans sa violence, invraisemblable et drôle dans son action, mais surtout cohérent dans son propos.

 

 

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