Sunday 21st January 2018,
The Lost Movie Theater

A Ghost Story (2017), David Lowery

Interrogé le  temps qui passe, la mort et le deuil. Tout cela sous le regard inédit d’un fantôme drapé d’un linge blanc orné de deux trous noirs pour les yeux. A Ghost Story, le dernier film de David Lowery, a toutes les caractéristiques du film indépendant américain. Le film a parcouru les festivals tels Sundance ou Deauville avec une pluie d’éloges alors que les apparences lui prêtaient un style prétentieux et lourdingue. Pourtant, on ressort bousculé et hanté par des images imbibées d’une poésie doucereuse.

C (Casey Affleck) meurt subitement dans un accident de voiture. A la morgue, il se redresse sous son drap mortuaire et revient hanter la maison qu’il habitait avec sa compagne, M (Rooney Mara). Alors que la veuve se noie dans son chagrin, la présence fantomatique observe et cherche à récupérer un message glissé dans le mur par sa douce et tendre.

Il suffit de peu pour créer de l’émotion. Avec un budget serré, et tourné loin des studios hollywoodiens, David Lowery signe un des films les plus bouleversants de l’année 2017. A Ghost Story n’est pas poseur, il exploite juste son postulat de départ, à savoir un dispositif simple pour dire beaucoup. La justesse est de rigueur pour un tel propos et le réalisateur sait que chaque image et chaque son doit servir son récit. Ici le format bien particulier qui rappelle un film tourné en Super 8 ajoute à la mélancolie et à la pesanteur dont est victime cette figure fantomatique. Il en va de même pour ceux qui restent, forcés de continuer à vivre sans l’être aimé. Malgré la représentation basique, le film n’en est pas pour autant naïf dans son propos, ni dans ses intentions. Le temps tourne à toute vitesse pour l’esprit, les ellipses se font de manière surprenante quitte à troubler le spectateur qui voit défiler de nouveaux habitants dans la petite maison autrefois habité par le couple mais aussi à revenir dans le passé de la demeure. La mémoire des lieux est sans cesse remise en question, il en va de même pour la temporalité. La maison se retrouve donc comme un véritable symbole des souvenirs et ce qui nous construit en tant qu’humain.

Pigmenté de longs plans fixes, A Ghost Story marque par une mise en scène lourde de sens qui répond constamment à son histoire. Le deuil tout d’abord qui voit M ingurgiter une tarte aux pommes entière : combler le manque, l’absence et le vide par la nourriture jusqu’à l’écœurement. Puis le réveil du mort à la morgue : inquiet, le regard vers la lumière jusque faire marche arrière. Enfin, un monologue sur l’existence et la mort. David Lowery bouscule les codes du cinéma indépendant sans oublier de raconter et d’emporter. Le spectateur se retrouve dans quelque chose qui nous parle à tous, la fragilité de la vie, le temps qui passe et le manque créé par ceux qui nous quittent. A Ghost Story réinvente le film de maison hantée tout en lui imposant un message réfléchi sur la vie et sur ce qui peut probablement la suivre.

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