Sunday 22nd April 2018,
The Lost Movie Theater

Souvenir (2016), Bavo Defurne

2016 fut une grande année dans la très belle carrière d’Isabelle Huppert. Actrice au sommet de son art dans le chef-d’œuvre de Paul Verhoeven, Elle, elle a enchaîné le même genre de prestation dans L’Avenir de Mia Hansen-Løve. Puis l’année se conclut pour l’actrice avec Souvenir, une production franco-belge réalisée par Bavo Defurne. Isabelle Huppert y incarne une ancienne gloire de la chanson française, depuis oubliée par le grand public. Un rôle qu’elle porte encore une fois à merveille bien que le film déçoive dans les chemins qu’il emprunte.

Souvenir nous raconte l’histoire de Liliane dont la vie monotone se résume à mettre en place des ingrédients dans une industrie de pâté et à regarder la télévision tout en sirotant son whisky. Liliane vit dans l’ombre de son passé de star de la chanson française connue pour un tube. Démasqué par un nouveau jeune collègue, Jean, elle subit à la tentation de reprendre les pistes de la scène musicale.

La vie de Liliane est insipide. On nous la présente comme une femme seule, isolée et non épanouie dans son travail qu’elle accomplit pourtant avec beaucoup de calme et de rigueur. Sa carrière musicale, inachevée et interrompue dans son moment de gloire, vient la frapper au visage lorsque le passé ressurgit brusquement. Les premiers instants de Souvenir laissent présager un drame psychologique sur l’amertume de la vie, sur les instants ratés. L’interprétation d’Isabelle Huppert nous faire croire à la douleur de cette femme, recluse dans l’ombre d’une lumière qui jadis l’éclairait de plein feu. Il émane une tristesse de ce portrait que le film dépeint avec beaucoup de simplicité, sans ajout d’artifices futiles.

Lorsque Jean débarque soudainement dans la vie de Liliane, le film bascule. Interprété par le très bon Kevin Azaïs, Jean noue un lien au départ ambigu avec Liliane. Les deux protagonistes ont presque quarante ans d’écart, et pourtant leurs sensibilités respectives se croisent. Poussé par le jeune homme à reprendre la chanson, l’étincelle renaît dans les yeux de Liliane. Mais les tenants et les aboutissants d’une telle relation ne seront jamais réellement développés tout au long du film. Souvenir ne tient pas à justifier l’écart d’âge, peu importe, ce n’est pas ce qui nous intéresse dans l’histoire. On tenait absolument à saisir l’importance que porte Jean dans ce projet de remettre Liliane sur le devant de la scène. Le film n’y parvient jamais réellement.

Souvenir montre bien trop tôt ses limites. Dès lors qu’il parvient à évoquer des thèmes intéressants, il les laisse s’échapper pour laisser place à un récit basique et bien trop convenu. A partir de là, plus grand-chose ne vient remonter la sauce. Le film de Defurne n’est ni ennuyeux, ni mauvais, il tombe à plat, ni plus, ni moins. Il retrouve quelques états de grâce lorsqu’il filme Isabelle Huppert, micro en mains, pour interpréter les chansons originales du film. Même dans l’exercice musical, Huppert s’en sort impeccablement et arrive à procurer l’émotion qui émane des blessures d’esprit de son personnage. Dommage que ce filon ne soit jamais exploité, car c’est ce qu’on attendait réellement du film. Le personnage de Liliane vaut à lui-même toutes les qualités représentées dans Souvenir.

Le constat est en demi-teinte. Souvenir part du bon pied, effleurant des sujets forts mais jamais abordés. Bavo Defurne ne fait que créer de l’attente et de la frustration tant le film espéré n’arrive jamais. Regrettable quand on reconnait à l’histoire des capacités inestimées. Reste l’interprétation d’Isabelle Huppert, qui confirme, encore une fois, qu’elle reste la plus grande actrice du cinéma français.

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