Sunday 21st January 2018,
The Lost Movie Theater

Beach Rats (2017), Eliza Hittman

Frankie (Harris Dickinson) est un jeune homme emprisonné dans un torrent d’émotions. Il se ment à lui-même sans même en connaître la véritable raison, et « Je ne sais pas ce que j’aime » est sa réponse par défaut favorite. Frankie est la star de Beach Rats, le second film renversant d’Eliza Hittman. Au bord de l’âge adulte, il passe son été à traîner le long de Coney Island, conduit par des indécisions bien intentionnées, faisant tout son possible pour que personne, lui y compris, ne soit blessé. Beach Rats semble parfois un peu léger si on le compare à d’autres films similaires sortis cette année comme Moonlight mais marque un vrai tournant pour sa réalisatrice et pour le jeune acteur charismatique, Harris Dickinson.

Frankie passe la plupart de son temps à chercher de l’herbe avec sa petite bande d’amis drogués. Il essaie aussi de maintenir une relation avec sa nouvelle petite-amie, Simone (Madeline Weinstein) et aide sa mère Donna à prendre soin de son père en phase terminale d’un cancer. La nuit tombée, il navigue sur des sites de rencontres homosexuelles pour trouver des plans culs avec des hommes plus âgés le long des routes, ou dans des chambres d’hôtels.

Frankie ne peut pas rendre public son attirance pour les hommes, surtout que la masculinité est ici représentée comme un poison toxique qui lacère tous les aspects de sa vie. Ses amis sans avenir ne supportent pas l’idée que l’on puisse être gay, et Hittman ne fait pas le choix facile de rendre les femmes de la vie de Frankie tolérantes. Simone rejette l’homosexualité avec plus que de l’allusion au dégoût, alors que Donna l’associe avec le mode de vie d’un drogué. Dickinson fait un travail remarquable à montrer la tourmente, la peur et la fatigue dans lesquelles il vit. Le jeune acteur anglais est très convaincant dans le rôle d’un bon à rien de Brooklyn.

Ses tentatives tragiques d’être quelqu’un qu’il n’est pas sont à la fois émouvantes et insupportables dans leur désespoir évident. Par contre, lorsqu’il est accompagné des quelques hommes avec qui il peut réellement se connecter, son bonheur est contagieux. Beach Rats n’arrive cependant jamais à raconter une histoire que l’on ne connaît pas déjà et les seuls moments d’éclats approchent de la fin du film. L’œil féminin de Hittman contemple le film, lorsque les hommes font du sport torses-nus, sa caméra ne peut s’empêcher de les filmer alors qu’elle se fait discrète durant les scènes de sexe de Frankie.

Tourné en 35mm, la directrice de la photographie, Helene Louvart, donne au film un ton granuleux magnifique tout en usant de la lumière naturelle. Sa vision de Brooklyn et sa périphérie apparait comme authentique, qu’ils soient crasseux ou glamour. Allié au regard sensible porté par la mise en scène d’Eliza Hittman, le film caresse les états d’âmes du personnage central. Harris Dickinson fait un début fracassant dans Beach Rats, malheureusement le reste du film ne creuse pas assez son sujet pour convaincre pleinement et freine un peu trop ses émotions. De ce drame intimiste, on retiendra surtout l’étude captivante d’un personnage et l’exploration de sa sexualité, et c’est déjà beaucoup pour le souligner et pour que le film nous reste coller à l’esprit.

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