L’approche quasi documentaire de Philippe Faucon pour mettre en scène Fatima est en adéquation totale avec le sujet de son film, à savoir l’immigration et vivre dans un pays qui n’est pas le sien. Inspiré de deux livres de Fatima Elayoubi, le film a aussi remporté le César du meilleur film en 2016. Fatima est un film modeste sur le portrait d’une femme qui fait de l’éducation de ses deux filles, un acte de rébellion.

Fatima a 44 ans, originaire d’Algérie et divorcée. Elle est venue en France pour suivre son ex-mari et ses deux filles. Sa première fille, Nesrine, a 18 ans et étudie en première année de médecine. La plus jeune, Souad, a 15 ans et s’embarrasse de la situation de sa mère qui travaille comme femme de ménage. Fatima doit aussi faire face à la barrière de la langue, elle parle le français avec difficulté et évolue au sein d’un pays qui ne veut pas ou ne semble pas assimiler sa présence.

En à peine 78 minutes, Philippe Faucon fait évoluer son personnage principal à travers de multiples barrières sociales. Tout au long du film, Fatima écrit et pose ses réflexions dans un journal qui nous ait lu en voix-off. Ces pensées sont directement inspirées des écrits de Fatima Elayoubi. C’est ici que le film tire toute son émotion. Fatima est convaincue de sa valeur même lorsque sa plus jeune fille la rabaisse par rapport à son travail qu’elle considère comme de l’esclavage. La barrière de la langue ne s’arrête d’ailleurs pas à la population française mais aussi à ses propres filles qui parlent un français impeccable. Philippe Faucon appuie ce point, et dresse un clivage entre une femme migrante et une culture qui veut la rabaisser comme mal éduquée.

Car au final, Fatima est une histoire simple sur trois femmes migrantes issues de deux générations qui veulent trouver leurs places dans une société française contemporaine. Nesrine, l’aînée, a une peur terrible d’échouer à ses examens de première année de médecine. Elle ne veut pas échouer là où ses parents ont failli. Une pression personnelle est mise en avant dans le film, mais aussi une pression sociale : les deux filles de Fatima cherchent à échapper aux routes empruntées par leurs parents. En parallèle, Fatima fait tout pour s’en sortir et passe de longues heures à travailler, ne serait-ce que pour donner un peu d’argent à ses filles ou à apprendre le français. Son but n’est pas de devenir française, non, elle veut juste s’émanciper en tant que femme, à résister aux attentes des autres et de créer son propre chemin.

Il y a un côté très intimiste au film de Philippe Faucon. Il nous montre des scènes de la vie quotidienne sans ajouts d’artifices. Il n’y a pas de jugement sur le portrait de ces femmes, on les voit vivre : préparer le couscous, nouer le foulard, écrire dans un journal intime, se disputer entre mère et fille. Fatima ne s’excuse pas d’être qui elle est ou d’où elle vient, et le film ne l’interroge pas là-dessus. Il y a même parfois des moments drôles et un choix de mettre de côté certains passages dramatiques. Au lieu de ça, le film se concentre sur les retombés de ces moments et cela porte notre attention sur la relation des trois femmes.

Même si Fatima peut paraître trop simple parfois, le film se conclut de manière très cohérente avec tous les événements qui nous ont été donnés à voir. L’acte de rébellion va même jusqu’à offrir une scène finale profonde qui porte un sourire au visage du personnage principal et à coup sûr, à ceux des spectateurs.