Les gens sont horribles, c’est la chose à retenir du furieusement brutal Catfight, écrit et réalisé par Onur Tukel. Produits en constante évolution dans notre environnement, nous sommes de méchantes et égoïstes créatures qui obtiennent satisfaction en améliorant et en rabaissant ceux qui nous entourent. La vie est une cruelle compétition, et vous ne voulez certainement pas vous retrouver parmi les perdants. Bien que ce ne soit pas entièrement vrai en réalité, c’est possible dans le monde de ce film, une comédie noire, corrosive, acide et très inconfortable.

Le film suit deux femmes, des anciennes amies et camarades d’université, dont la relation s’est fracturée il y a quelques années. Veronica (Sandra Oh) est une potiche sans gêne et alcoolique compulsive, qui vit une vie très confortable sur le dos du business douteux de son mari. Son fils est une personne sensible qui s’exprime à travers l’art, bien qu’elle pense que dessiner est une perte de temps et qu’il serait préférable qu’il apprenne le marché des actions et qu’il fasse rentrer de l’argent. Ashley (Anne Heche) est une artiste battante dont les peintures sont des portraits sobres sur le climat ambiant, la mort et le chaos.

Sa petite-amie Lisa (Alicia Silverstone) souhaite qu’elle puisse accéder à une certaine reconnaissance dans son art pour leur permettre d’avoir un enfant ensemble. Avec de la bonne volonté, Ashley accepte d’aider à faire le service lors d’une fête chic à laquelle Veronica participe. Les deux femmes se croisent, engagent une conversation gênante avant que le désordre ne s’ensuive. Leur combat est dépourvu de claques et de tirages de cheveux, au lieu de ça elles s’infligent des coups de poings tonitruants et des coups de pieds. En dire plus sur le développement narratif ruinerait le visionnage.

Manifestement la violence est un thème majeur de Catfight. Tukel profite de la nature primale de la dominance physique d’une manière qu’aucun autre film avec des protagonistes féminins n’a fait auparavant. Ses séquences de femmes se faisant la guerre ont une forme méchantes, intransigeantes et macabres. Pourtant, pour un film titré Catfight, c’est le combat qui est la zone la moins intéressante.

L’approche des thèmes sociologiques fait de ce rude film indépendant quelque chose d’impressionnant. Le film soutient fondamentalement que ceux qui ont un degré de pouvoir ont une idée malavisée de la façon de traiter les autres. Quand Veronica rencontre Ashley à la fête, tout est autant exprimé à travers la posture, le langage corporel et le style vestimentaire. Cela rend l’idée d’un « eux et nous » démographique dans chaque orifice de la vie et montre comment les changements de classe et de statut peuvent avoir des ramifications dramatiques sur les relations.

En vérité, Catfight est un film vraiment triste, peuplé par le plus haïssable des personnages et une des représentations les plus mornes de l’humanité. Au niveau du ton, le film de Tukel est un peu mal jugé. Le sous-texte et les messages sont convaincants, et largement bien exécutés, mais les ajouts comme la BO trompeuse ou certains choix artistiques sapent l’histoire qu’il essaie de raconter. Certains moments sont si éloignés de la comédie (les parties les plus fortes du film), que la décision de retomber dans la grosse farce gâte le récit. Reste que l’interaction entre Oh et Heche est fantastique, les deux se jettent dans la crasse éclatante du scénario.

Déséquilibré et conflictuel, Catfight est un film désarmant. Le portrait que Tukel dépeint de la douleur n’est pas sans défauts mais il l’écorche avec une intention vicieuse. Il dénonce un monde cynique avec un sens sournois de l’humour qui est enraciné dans la tragédie plus que dans la comédie absurde.