Adapté du roman graphique The Coldest City, Atomic Blonde est le dernier film du réalisateur de John Wick, David Leitch. Atomic Blonde est d’un froid glacial, de sa palette de couleurs à son héroïne, tout en créant une distance émotionnelle avec le spectateur. Ce dernier parti pris laisse le film bien en dessous du niveau de John Wick, il lui manque en effet l’esprit et le côté kitsch de son prédécesseur. Mais le don de David Leitch pour les scènes de combat ultra brutales et son style élégant font avancer l’action à un rythme divertissant.

Broughton (Charlize Theron) est une agent espionne du MI-6, elle est envoyée à Berlin en 1989 alors que le Mur s’apprête à tomber pour récupérer une liste secrète de tous les agents de terrain actifs de la Guerre Froide. Une fois qu’elle atterrie, Broughton est accueillie par le semi-voyou agent anglais David Percival (James McAvoy). S’en suit un festival de coups de poings éprouvant. Bien qu’il commence de manière accomplie et intrigante, le complot tombe très vite dans la stupidité suprême, plein de torsions et de trahisons qui viennent amoindrir le récit inutilement.

Le résultat est dommageable car Atomic Blonde est à son meilleur lorsqu’il est à son plus simple. Charlize Theron a déjà prouvé auparavant qu’elle était douée et à l’aise avec les scènes d’actions, mais ici elle passe à un autre niveau. Les longues prises de David Leitch prouvent que Theron réalise la plupart de ses cascades, et en fait un travail exceptionnel, notamment dans cette séquence de combat dans un escalier. Son corps mitraillé de blessures nous montre aussi qu’elle n’a pas hésité à se faire mal durant le tournage.

Il est à noter que Broughton n’est pas invincible, chaque coup  donné change la donne pour le combat. Un coup à la tête rendra un combattant étourdi, et après quelques minutes, l’épuisement commence à s’installer. Il y a un sens du réalisme soutenu dans chaque scène de combat. Il est d’ailleurs rare de voir des protagonistes de films d’action aussi ensanglantés et contusionnés. Ces scènes séparent aussi Atomic Blonde de sa comparaison avec les sagas James Bond ou Jason Bourne qui paraissent bien ternes à côté en matière de brutalité.

Charlize Theron est immédiatement iconique dans ce rôle de premier plan, elle soutient ses capacités de combat avec un détachement soigneusement réservé et parade avec une série de costumes éclatants. Ce n’est pas un rôle qui demande beaucoup d’engagement émotionnel, mais il exige une présence magnétique et elle le délivre parfaitement, jusqu’à tenir le film sur ses épaules. La prestation de McAvoy est beaucoup plus maniaque et surexcitée alors que Toby Jones et John Goodman manient intelligemment l’exaspération en tant que gestionnaires de Broughton.

Avec tous ses néons étouffants, sa sexualité décomplexée et son ultra violence, Atomic Blonde donne l’impression d’être ce qui arriverait si Nicolas Winding Refn réalisait un film d’espionnage. Mais le scénario superficiel et l’histoire loufoque l’empêche d’arriver au niveau brillant de Refn. Avec une profondeur supplémentaire, ou un sens plus conscient de son propre ton, le film dans son ensemble aurait pu atteindre le niveau de John Wick. A la place, il se concentre à faire de Charlize Theron une icône de l’action. Un but déjà plus que digne à réaliser.