L’amant double, dernier film en date de François Ozon, s’ouvre sur le visage sévère de Chloé joué par Marine Vatch. Alors qu’on lui coupe les cheveux d’une manière hasardeuse et concise, le plan s’évanouit sur le gros plan intérieur d’un organe humain – le clitoris du personnage. En deux plans, François Ozon sème le trouble, et allie la folie au sexe et à la viscéralité du corps humain. Chloé souffre depuis longtemps de maux de ventre. Après avoir essayé toutes les méthodes, elle décide d’aller voir un nouveau psychanaliste, Paul, dont elle tombe éperdumment amoureuse. Mais elle découvre vite que Paul lui cache beaucoup de choses.

Thriller érotique où tout joue sur le paraître, L’amant double frise souvent le ridicule à force de jongler avec ses propres limites. François Ozon signe ici ce qui est sûrement son film le plus dérangé jusqu’à présent, même si on y retrouve tous les thèmes psychosexuels dont le réalisateur raffole. Cette histoire perverse et vicieuse sur l’obsession et la jalousie rappelle fortement un croisement entre De Palma et Cronenberg. Mais à l’inverse de ses confrères, François Ozon passe souvent à côté de son sujet. La mise en scène ultra manièrée et stylisée ne sert jamais au propos, ou alors d’une façon très faiblarde et grossière. La psychologie est tellement lourde de sens que le scénario finit par perdre son spectateur qui ne sait plus si il doit ressentir de l’effroi ou rire devant les retournements de situations.

Marine Vatch, déjà connue chez François Ozon pour Jeune et Jolie en 2013, peut prétendre de tenir le film sur ses épaules. Elle seule reste l’élément qui ne dépasse jamais la limite de l’absurdité. Chloé joue sur tous les plans de l’ambiguïté, elle ressent du vide, déteste être touchée mais aime être regardée, son personnage est d’ailleurs surveillante de musée comme entreposée au milieu d’oeuvres d’art. Il était donc naturel que son personnage se rapproche aussi vite de celui interprété par Jérémie Renier, tout aussi psychorigide que la jeune femme. Accumulant les scènes de sexe, François Ozon dédouble ses personnages grâce à des effets de morphing. Le reflet et le miroir sont omniprésents, comme la présence du jumeau du personnage de Jérémie Renier, dont l’ombre plane sur le film.

Jouant avec les désirs torturés de son personnage féminin, L’amant double ne prend jamais de distance avec son histoire et se perd dans ses propres méandres. Le point de vue est nombriliste et ne déclenche jamais une quelconque empathie pour les personnages. Au lieu de ça, François Ozon joue avec les clichés de la psychologie humaine. Jusqu’au dénouement final maladroitement amené. La volonté de L’amant double était clairement d’imposer un malaise et en cela le film s’en sort plutôt bien. Dommage que le traitement soit si hautain et oublie un peu de subtilité.